Par Gislène Guerrier
Au Cap-Haïtien, la dégradation des conditions urbaines continue d’alimenter une grogne sociale de plus en plus perceptible. Entre routes défoncées, accumulation de déchets et risques accrus d’inondation, la population exprime son exaspération face à une situation qui semble s’enliser.
Dans plusieurs quartiers, notamment à l’entrée sud de la ville et à Vertières, des mouvements de protestation ont perturbé, en début de semaine, la circulation et ralenti les activités économiques. Les riverains dénoncent l’absence d’entretien des canaux, l’insuffisance des services de collecte des déchets et la détérioration du réseau routier, autant de facteurs aggravés par les pluies répétées de ces dernières semaines.
Face à cette crise, les critiques se cristallisent souvent autour de la municipalité. Pourtant, la gouvernance actuelle de la ville s’inscrit dans un contexte particulier. Le Cap-Haïtien est administré par un cartel municipal intérimaire, installé le 5 septembre 2025 par les autorités centrales, dans un climat marqué par une crise aiguë de gestion des déchets et de dégradation sanitaire.
Cette commission est composée de Angeline (Angie) Bell, présidente faisant office de maire, assistée des membres Patrick Almonor, reconduit dans ses fonctions, et Isaac Pierre-Louis. À leur prise de fonction, ces responsables ont hérité d’une situation déjà critique, caractérisée par des insuffisances structurelles et un manque de suivi des politiques publiques urbaines.
Malgré cela, les attentes de la population demeurent élevées, et les critiques persistent face à l’insalubrité qui continue d’affecter plusieurs zones de la ville. Pour de nombreux observateurs, le débat ne devrait toutefois pas se limiter à la responsabilité du cartel municipal.
En réalité, les défis auxquels fait face le Cap-Haïtien dépassent largement les compétences de la seule mairie. La réhabilitation des axes routiers relève du Ministère des Travaux publics, tandis que l’assainissement et la gestion des déchets impliquent le Ministère de l’Environnement. La prévention des inondations, quant à elle, nécessite une coordination avec le Ministère de l’Agriculture, notamment pour l’entretien des ravines et des bassins versants.
Dans ce contexte, les tensions observées à Vertières et dans d’autres quartiers apparaissent comme le symptôme d’un déficit plus large de coordination institutionnelle. Elles traduisent surtout l’impatience d’une population confrontée, au quotidien, à des conditions de vie de plus en plus difficiles.
Dès lors, la réponse à cette crise ne saurait se limiter à un changement d’équipe municipale. Elle exige un engagement plus ferme de l’État central, à travers des interventions concrètes : curage des canaux, réhabilitation des routes prioritaires, amélioration des services de collecte des déchets et mise en œuvre de politiques publiques durables.
Au Cap-Haïtien, l’enjeu dépasse désormais la simple gestion municipale : il s’agit de restaurer la confiance entre les citoyens et les institutions, en apportant des réponses visibles et adaptées aux réalités du terrain.
Gislène Guerrier
gisleneguerrier16@gmail.com
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